Raconter ses voyages de manière responsable
Aujourd’hui, on ne voyage plus seulement avec un sac à dos, mais aussi avec une audience. Alors autant partager ces expériences de manière responsable !
Plus je scrolle et plus je vois des influencers partager leurs contenus comme s’ils étaient les propriétaires des lieux qu’ils visitent, sans aucun respect, ni pour les populations locales ni pour les endroits en eux-mêmes.
Photos d’enfants partagées sans consentement, Reels sensationnalistes qui renforcent les mêmes clichés, leçons de morale adressées aux communautés locales sur la manière de cuisiner, de nettoyer les rues…
Bref, la liste est longue !
Si l’on aspire à un monde plus juste, plus égalitaire, moins colonial, il est impératif de renverser la tendance en optant pour un storytelling respectueux des lieux que nous visitons.
Au fond, nous ne sommes que des invités. Et le respect ne devrait jamais être une option.
Dans cet article, je partage avec vous quelques pistes pour raconter vos prochains séjours de manière plus responsable.
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LE STORYTELLING, C’EST L’ART DE RACONTER UNE HISTOIRE POUR TRANSMETTRE UN MESSAGE, UNE ÉMOTION OU UNE VISION.
Dans le voyage, il ne s’agit pas seulement de montrer de belles images, mais de donner du sens à ce que l’on partage : expliquer un contexte, raconter une rencontre, mettre en lumière une réalité.
Chaque contenu publié est une interprétation du réel. Et cette interprétation influence la manière dont les autres perçoivent une destination, ses habitants et sa culture.
Autrement dit, raconter un voyage, ce n’est jamais neutre. C’est déjà prendre position.
1. Éviter le syndrome du sauveur
Le colonialisme nous a laissé de nombreux héritages, dont le fameux white savior syndrome.
À l’époque, les colons se donnaient pour mission d’apporter l’éducation, la religion ou encore la culture, comme si les populations locales et leurs modes de vie avaient moins de valeur. Il fallait “sauver”.
Je simplifie, bien sûr, mais vous avez l’idée. Aujourd’hui, ce sentiment de supériorité se transpose dans le tourisme avec le syndrome du sauveur qui s’exprime alors à travers des récits où le voyageur “aide”, “soutient” ou “apporte” à des destinations présentées comme dépendantes.
Ce type de narration renforce des rapports de domination, place le voyageur au centre de l’histoire et invisibilise les réalités, les compétences et les initiatives des habitants.
>>>> Lorsque vous racontez vos voyages, ne vous mettez pas en scène comme le héros. Donnez à voir la réalité du lieu dans toute sa complexité, valorisez les initiatives locales et laissez de la place à celles et ceux qui y vivent.
Vous voulez en apprendre davantage sur le tourisme conscient et décolonial ?
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2. Mettre en avant la voix des locaux
Si vous voulez vraiment donner une image juste du lieu que vous visitez, vous ne pouvez pas vous contenter d’offrir seulement votre vision.
Celle d’une personne privilégiée qui se rend dans un lieu de manière temporaire sans appréhender tous les angles.
D’ailleurs, même en y passant 3 mois, votre expérience n’est rien comparée à celle d’une personne qui a vécu 30 ans dans la destination.
C’est pour cela qu’il est important de laisser les populations locales s’exprimer sur les réalités, les conditions de vie, les défis… qu’elles vivent dans le pays.
Bien entendu, vous n’êtes pas obligé de les interviewer pour votre contenu, mais vous pouvez, par exemple, mettre en avant des initiatives locales, relayer des projets, ou simplement prendre le temps d’échanger pour enrichir votre compréhension du lieu.
Vous pouvez aussi laisser la parole directement aux concernés au travers de collaborations et de discussions filmées, tant que vous avez leur consentement éclairé.
>>>> Ne vous contentez pas de raconter un lieu : faites de la place à celles et ceux qui le vivent. Relayer, collaborer, écouter, c’est aussi ça, voyager de manière responsable.
3. Respecter les locaux
Même si votre live Twitch nécessite de vous filmer pendant que vous découvrez le Mozambique, essayez de faire preuve de bon sens. Renseignez-vous avant sur où vous pouvez filmer sans déranger les populations locales.
Alors oui, la spontanéité de votre contenu risque d’en prendre un coup, mais n’est-ce pas plus important de respecter les personnes concernées ?
Si quelqu’un refuse d’être filmé, continuez votre chemin sans essayer de forcer.
Si les personnes acceptent, assurez-vous vraiment d’avoir leur consentement éclairé. Cela signifie qu’il ne faut pas juste demander s’ils sont ok pour apparaitre à l’écran, mais aussi leur expliquer dans quel contexte seront proposées ces images et comment vous allez les dépeindre.
Filmer quelqu’un avec son accord pour ensuite critiquer publiquement son restaurant ou son mode de vie est, par exemple, profondément irrespectueux.
En ce qui concerne les enfants, ne les prenez ni en photo ni en vidéo. Même si vous avez l’accord des parents.
D’une part, parce que vous ne le feriez probablement pas dans votre propre pays. Pourquoi ce qui vous semble inacceptable chez vous deviendrait-il acceptable ailleurs ?
D’autre part, on sait qu’un grand nombre d’images d’enfants publiées en ligne sont utilisées à des fins pédophiles. Rien à rajouter ici.
>>>> Filmer quelqu’un ne vous donne pas un droit sur son image. Demandez, expliquez, respectez et acceptez que parfois, la meilleure chose à faire est de ne rien capturer.
4. Toujours donner du contexte
Vous n’avez pas le droit d’arriver dans un pays, de prendre quelques clichés ou vidéos et de les poster avec votre interprétation comme s’il s’agissait de vérités absolues. C’est à la fois réducteur et irrespectueux.
Partout dans le monde, un instant, une anecdote, une histoire est le fruit d’un ensemble de facteurs. Sociaux, politiques, culturels, religieux, éducatifs… Rien n’existe de manière isolée. Comprendre un lieu, c’est justement prendre en compte cette complexité.
Partager une vidéo de quelques secondes sans contexte, c’est risquer de déformer la réalité et de renforcer des clichés déjà bien ancrés.
Poster la vidéo de 30 secondes d’une femme transexuelle en Inde qui mendie tout en se plaignant donne une image totalement biaisée de la situation.
Sans contexte, on ne comprend pas ce qui l’a amenè à demander de l’argent. Et on comprend facilement qu’une telle situation est le fruit d’un environnement où le social et la politique ont forcément un impact.
>>>> Un contenu sans contexte peut facilement devenir un contenu trompeur. Avant de publier, prenez le temps de comprendre, de nuancer et d’expliquer ce que vous montrez.
5. Reconnaître votre position
Le colonialisme a laissé des traces profondes, notamment dans la manière dont certaines hiérarchies entre les populations ont été construites et perçues.
Aujourd’hui encore, ces schémas influencent notre façon de voir le monde.
En tant que voyageurs, on pense souvent que notre éducation est meilleure (on a vu le monde), que nous sommes ouverts d’esprit (on rencontre des gens de tout type). Mais ce n’est pas vrai.
Nous n’avons pas la science infuse, ni la légitimité ni les clés pour interpréter pleinement les réalités des lieux que nous visitons. En prendre conscience, c’est déjà faire un pas de côté et apprendre à rester à sa place.
Il ne faut pas oublier non plus que ce sont nos privilèges qui nous permettent d’entrer dans certains espaces.
Les personnes blanches peuvent visiter plus facilement un tas d’endroits dans le monde. Les voyageux dotés d’un passeport occidental peuvent passer les frontières plus facilement. Et nos euros ou dollars nous placent dans une position de domination face aux populations locales.
Tout cela façonne notre manière de vivre le voyage… et donc de le raconter et de le transmettre. C’est pourquoi il est impossible de ne pas l’évoquer lorsque l’on parle de storytelling voyage sur les réseaux sociaux.
>>>> Reconnaître ses privilèges, ce n’est pas culpabiliser : c’est contextualiser. Racontez en ayant conscience de la place que vous occupez, pas en faisant comme si elle n’existait pas.
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Voilà, j’espère que cet article vous aura donné quelques clés pour mieux partager vos voyages, surtout si vous avez une grande communauté, mais pas que.
Prendre conscience de nos mauvaises habitudes héritées du colonialisme est primordial si l’on souhaite une industrie touristique égalitaire qui respecte les populations locales peu importe où elles se trouvent.
